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Les plus petits studios photo de Paris : « Photomaton » et « Fotoautomat »

Photo du rédacteur: Klaus Lintemeier
Klaus Lintemeier
8 oct.
7 min de lecture

Depuis fin 1928, on trouve à Paris des photomatons, d’abord dans les passages et les gares, puis aujourd’hui également dans les musées et les grands magasins. Deux noms marquent cet aspect de la culture urbaine. La marque « Photomaton » désigne les appareils numériques, tandis que la marque « Fotoautomat » fait référence aux machines analogiques restaurées datant des années 1960 et 1970. L’histoire la plus célèbre à ce sujet est racontée dans « Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain ». Dans ce film, Nino Quincampoix ramasse les bandes de film abandonnées sous les cabines, reconstitue les photos déchirées à l’aide de ruban adhésif et les colle dans un album. Il perd cet album dans la rue. Amélie le trouve et lui fait vivre une chasse au trésor. À la fin, il le récupère.


L'inconnu de Nino est invisible pour tous les autres

Dans cet album, un visage revient sans cesse, dans des cabines réparties un peu partout dans la ville. Nino part à la recherche de cet homme à travers tout Paris et le considère comme une énigme. La solution est à portée de main, mais reste néanmoins longtemps cachée. Dans le paysage urbain, presque personne ne remarque cet homme. Il entretient les appareils et, après chaque réparation, prend une photo d'essai de lui-même. Puis il la déchire. Amélie est la première à résoudre l'énigme et guide également Nino vers la solution.


L'inconnu apparaît en plein milieu de l'album de Nino
L'inconnu apparaît en plein milieu de l'album de Nino
L'idée de cet album vient de l'écrivain Michel Folco

D'après le commentaire de Jean-Pierre Jeunet figurant sur le DVD, Folco tient lui-même un tel album. Dans les années 80, il récupère les bandes devant les cabines parisiennes et y retrouve toujours le même jeune homme. Il le suit dans le métro et se retrouve finalement face au réparateur de l'entreprise. Jean Teulé en fait en 1989 un reportage télévisé intitulé « Le mystère de l'inconnu du photomaton ».


Amélie se transforme en Zorro dans la cabine photo

Elle ne lui écrit pas de lettre. Elle s'installe dans une cabine, enfile un masque à la Zorro et lui laisse ce bandeau. Elle se dévoile ainsi tout en restant cachée. Elle hésite encore à se montrer ouvertement.


Amélie, sous le nom de Zorro, fixe le « Café des Deux Moulins » comme lieu de rendez-vous
Amélie, sous le nom de Zorro, fixe le « Café des Deux Moulins » comme lieu de rendez-vous
La cabine a été inventée à New York en 1925 et se trouve à Paris depuis 1928

Le photographe Anatol Josepho est originaire de Sibérie. En septembre 1925, il ouvre sur Broadway, à New York, le premier studio équipé de son invention. Pour vingt-cinq cents, la machine produit huit photos en huit minutes. En 1927, le magazine « Time » fait état de 280 000 clients au cours des six premiers mois. La même année, Josepho vend les droits pour un million de dollars. En décembre 1928, la première cabine de Paris est installée dans le hall du journal « L’Intransigeant ». En 1929, suivent le journal « Le Petit Journal », les « Galeries Lafayette », le restaurant « Sam’s » sur le « boulevard des Italiens » et le parc d’attractions « Luna Park » à la « Porte Maillot ». Cent ans après cette invention, la «Photographers’ Gallery» de Londres consacre une exposition à l’histoire de la cabine, d’octobre 2025 à février 2026.


Les surréalistes ferment les yeux devant le distributeur automatique

En 1929, André Breton et ses amis se rendent probablement dans la cabine du « Luna Park ». Le groupe dispose de son propre photographe, Man Ray, mais se met néanmoins seul devant l'objectif. Le 15 décembre 1929, la revue «La Révolution surréaliste» publie seize de ces portraits autour du tableau «Je ne vois pas la femme cachée dans la forêt» de René Magritte. Sur les seize, tous ont les yeux fermés. Parmi eux figurent Breton, Louis Aragon, Luis Buñuel, Salvador Dalí, Paul Éluard, Max Ernst et Magritte lui-même.


Le site andrebreton.fr présente dix tirages de photomatons des surréalistes issus de la collection de Breton. Sur ces clichés, les tenues changent au fil des saisons, ce qui signifie que le groupe revient régulièrement. Magritte, Dalí et Buñuel ne se sont assis dans la cabine qu’une seule fois. Aragon, Yves Tanguy et Raymond Queneau y viennent deux fois, tantôt avec un chapeau, tantôt sans. Breton, Éluard, Ernst et Jacques Prévert y viennent au moins trois fois. Suzanne Muzard apparaît dans huit tenues différentes, tantôt en robe, tantôt en veste, tantôt avec un chapeau.


Dès 1928, la revue belge « Variétés » qualifie le photomaton de « système de psychanalyse par l'image ». En 1931, Walter Benjamin exprime une idée similaire dans sa « Petite histoire de la photographie » (Kleine Geschichte der Photographie). Ce n'est qu'à travers l'appareil photo que l'homme prend conscience de son inconscient optique, tout comme c'est par la psychanalyse qu'il prend conscience de son inconscient pulsionnel.


Devant le distributeur, chacun est maître de la situation

Cet engouement s'explique simplement. À partir de 1860, Nadar dirige son atelier sur le boulevard des Capucines. Pour lui, l'art du portrait consiste à comprendre et à guider la personne devant l'objectif. Il qualifie son objectif de « ressemblance intime ». Dans la cabine, ce rôle disparaît. La personne devant l'objectif est libre. Personne ne donne d’instructions sur le regard ou la position du menton. On essaie soi-même pendant quatre flashs. Seule la pellicule développée révèle le résultat. L’espace est exigu, le tabouret pivote et le rideau reste fermé. C’est à la fois un studio spontané et ludique au format minimaliste, et un véritable défi. Une photo originale dans un espace très restreint exige de l’imagination. L’exposition londonienne de 2025 résume cela en quelques mots. On tire le rideau, on regarde l’objectif et on décide soi-même de sa propre mise en scène.


Dans « Fotoautomat », chaque photo n'existe qu'en un seul exemplaire

La différence entre ces deux noms réside dans la technologie. «Photomaton» fait aujourd'hui partie du groupe «ME Group», anciennement «Photo-Me International». En 1993, le groupe cesse la production de cabines analogiques et passe aux appareils numériques. «Fotoautomat» suit le chemin inverse. Eddy Bourgeois installe en septembre 2007 la première machine restaurée au Palais de Tokyo ; depuis 2016, l'entreprise est installée rue des Trois Frères à Montmartre. Les cabines datent des années soixante. La machine déclenche quatre fois son flash, puis le papier passe pendant quatre minutes dans les bains de la chambre noire située derrière le mur. La photo est développée directement sur du papier gélatine argentique, sans négatif. Il n’y a ni fichier, ni deuxième tirage, ni retouche. Chaque bande est un original. Selon l’exploitant, moins de deux cents machines de ce type sont encore en service dans le monde.


Le charme est le même que celui du disque vinyle. On attend, puis on tient entre ses mains une pièce unique. En 2012, le « Musée de l’Elysée » de Lausanne qualifie le photomaton de dernière étape de l’automatisme en photographie. Walter Benjamin publie en 1936 l’essai « L’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique ». Selon lui, une plaque photographique permet d’obtenir un nombre illimité de tirages. La question du « vrai » tirage n’a donc plus de sens. Dans la cabine analogique, cette question retrouve tout son sens. Il n’y a qu’un seul tirage. À cela s’ajoute l’aspect visuel. Le flash vient de l’avant, le papier rend les contours nets, le blanc est éclatant, le noir est profond, et le grain reste visible. C’est à cela que ressemblent les bandes des surréalistes de 1929, et c’est à cela que ressemblent les nôtres. C’est pourquoi nous préférons les photos analogiques du « photomaton » aux photos numériques du « Photomaton ».


Il n'existe qu'un seul exemplaire de ce formulaire
Il n'existe qu'un seul exemplaire de ce formulaire
Nous recherchons des photos originales pour notre site

C'est à cette période que nous créons notre entreprise tous ensemble. Nous voulons que nos photos se démarquent des portraits d'entreprise habituels. La cabine joue le rôle du photographe, tandis que nous nous chargeons nous-mêmes de la mise en scène. Les mots inscrits sur nos cartes noires sont notre idée. Nous tenons les mots « RESTART » et « RENEW » devant nous, bien en vue. Une idée spontanée se transforme en série, et le plaisir que nous y prenons grandit à chaque visite.

 Nos cartes s'appellent RENEW, RESTART et WE ARE RE
Nos cartes s'appellent RENEW, RESTART et WE ARE RE
Au « Photomaton » et chez « Aura Film », on ne trouve pas le calme

On trouve le « Photomaton » dans les gares et les galeries marchandes ; il fournit des photos numériques nettes en quelques secondes. « Aura Film », situé au 45 rue Sainte-Anne, vient de Corée du Sud. Les groupes y prennent rapidement des photos pour leurs réseaux sociaux. Nous avons un peu de mal à nous y retrouver et nous nous contentons d’un seul passage. Au « Photomaton » de la station de métro Voltaire aussi, nous manquons de tranquillité.


« Aura Film » fournit six images en couleur
« Aura Film » fournit six images en couleur

« Photomaton » prend des photos avec moins de contraste
« Photomaton » prend des photos avec moins de contraste
Au «Printemps», personne ne nous presse

Au troisième étage du « Printemps Femme », sur le boulevard Haussmann, se trouve une cabine « Fotoautomat », et c'est là que nous passons un moment. Le tabouret est conçu pour une seule personne. Nous nous y asseyons à deux, nous nous agrippons au cadre et essayons de rester debout jusqu'au dernier flash. Puis un autre couple arrive et attend patiemment. Ils veulent prendre dans la cabine les photos pour leur faire-part de mariage. C'est une excellente idée. Nous y retournons plusieurs jours d'affilée, chaque fois avec de nouvelles cartes et de nouvelles idées.


Cette cabine « Fotoautomat » se trouve au « Printemps Femme »
Cette cabine « Fotoautomat » se trouve au « Printemps Femme »
Nino collectionne les visages étrangers, nous, nous collectionnons les nôtres

Amélie enfile un masque pour se montrer. Nous brandissons une carte et faisons de même. À la fin, nous nous retrouvons avec une pile de tirages devant nous. En voyant les meilleurs, nous en tombons presque de notre tabouret.



En savoir plus

Où se trouve le photomaton au « Printemps » ?

La cabine se trouve au troisième étage du « Printemps Femme », au 64 boulevard Haussmann, dans le 9e arrondissement. Le « Printemps Femme » est le magasin dédié à la mode féminine. Au-dessus de l'entrée, on peut voir une enseigne portant l'inscription « FOTOAUTOMAT ».


D'où vient l'idée de l'album photo dans « Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain » ?

Dans le commentaire du DVD, Jean-Pierre Jeunet cite l'écrivain Michel Folco. Folco tient lui-même un album de photos de photomaton jetées.


Qui est l'inconnu dans le photomaton ?

Dans le film comme dans la réalité, il s'agit du technicien des cabines. Il prend une photo test après chaque réparation.


Quelle est la différence entre « Photomaton » et « Fotoautomat » ?

« Photomaton » est la marque du leader du marché « ME Group » ; ses cabines fonctionnent en numérique depuis les années 1990. « Fotoautomat » restaure depuis 2007 des machines analogiques des années 1960. Elles développent chimiquement quatre photos en noir et blanc sur du papier gélatine argentique, sans négatif.


Depuis quand existe-t-il des cabines photo ?

Anatol Josepho ouvre en septembre 1925 sur Broadway, à New York, le premier studio équipé de son invention. En décembre 1928, la première cabine de Paris est installée dans le hall du journal « L’Intransigeant ».

2 commentaires

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BALDO
08 oct.
Noté 5 étoiles sur 5.

Was für eine Gelehrsamkeit! Gratulation! Machen Sie weiter !

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Klaus Lintemeier
10 oct.
En réponse à

Chère Marie-Françoise, un grand merci pour ton merveilleux commentaire. Nous continuerons à écrire d'autres histoires magiques sur Paris. Nous avons hâte de te revoir.

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