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« Le Disque Bleu » : Benjamin Biolay entre chanson française et bossa nova

  • Photo du rédacteur: Klaus Lintemeier
    Klaus Lintemeier
  • 3 févr.
  • 15 min de lecture

Lorsque l'aiguille de notre platine Rega se pose sur la première face du « Disque Bleu », je sais dès les premières notes que c'est l'un de ces rares albums qui ne vous lâchent plus. Le onzième album studio de Benjamin Biolay, enregistré entre Paris, Sète, Bruxelles, Buenos Aires et Rio de Janeiro, est bien plus qu'une compilation de 24 chansons. C'est un voyage entre deux mondes qui déploie toute sa magie musicale sur vinyle.


Le Disque Bleu sur Rega RP 10
Le Disque Bleu sur Rega RP 10
Les deux facettes d'un double album

Biolay a délibérément divisé son album en deux parties : « Résidents » et « Visiteurs ». Cette division reflète sa propre vie entre la France et l'Argentine. Depuis plusieurs années, il passe trois mois par an en Argentine, où vit également sa plus jeune fille.


Les « Résidents » sont ceux qui sont restés chez eux, ceux qui ont des racines, tandis que les « Visiteurs » sont les voyageurs, ceux qui cherchent. Biolay a composé cet album avec sa guitare, sa voix et un dictaphone à cassettes – « comme un barde », dit-il, « j'avais l'impression d'avoir à nouveau dix-sept ans et de composer en secret ».


Disque 1 : Résidents

Le face A



Le penseur – La chanson d'ouverture de l'album est la version de Biolay du Penseur de Rodin. Un homme contemple la mer et le ciel, se souvient d'un port avec des grues – probablement Sète – où il a autrefois connu « une forme de bonheur indicible » avec sa femme, son chien et ses filles. Son regard se porte vers Lyon, sa ville natale, où le Rhône et la Saône se rejoignent. Une mélancolie face à la décadence, mais sans pathos. Le refrain pose la grande question avec la nonchalance d'un homme qui fume un Dunhill : s'il n'y avait rien là-haut – « au cas où il n'y aurait rien là-haut » –, pourrais-je emmener mon bateau ? Et mes copains ? La théologie devient philosophie de bistrot. Le bonheur réside dans le concret : un bateau, des amis, un verre de vin. Pas dans la transcendance.


15 octobre (feat. Nathy Cabrera) – La chanson est un souvenir du 15 octobre 1993, un « jour dégueulasse » sous la pluie, où une femme a dit d'une voix douce mais ferme : « Il me faut ta peau, il me faut ton corps. » La chanson rassemble des fragments d'un amour : la Calabre, Ambleteuse, un pull en V sur une chaise, un visage de madone. À la fin, une carte postale parlée de la rue des Anges, une feuille d'automne pressée, un baiser. Une archéologie de l'amour où trente ans se cristallisent en une seule date. Nathy Cabrera, la bassiste argentine de Biolay depuis « Palermo Hollywood », chante avec l'accent de son pays natal – un choix qui rappelle Elli Medeiros, l'Uruguayenne qui, en 1986, a associé la chanson française aux rythmes du candombe avec « Toi mon toit ». Deux femmes d'Amérique du Sud qui colorent les chansons d'amour françaises avec les sonorités de leurs origines.


Morpheus tequila – Le titre est un hommage ouvert, presque provocateur, à « Histoire de Melody Nelson » (1971) de Serge Gainsbourg. Biolay explique lui-même : « Mon idée, c'était d'embarquer Melody Nelson au Brésil ». De nombreux critiques ont souvent reproché à Biolay de copier Gainsbourg. Il répond à cela avec un clin d'œil : il le fait consciemment, de manière exagérée, presque parodique.


Soleil profond – L'un des moments les plus rock de l'album, avec des riffs de guitare et une ambiance presque solennelle. Au début, il est question de servir et de disparaître : mettre la table, le patron a faim. Puis tout bascule : renverser la table, tout casser, couper les câbles. Le refrain est dédié à tous ceux qui sont en marge : au cœur lourd qui attend à l'arrêt de bus, aux fumeurs, aux buveurs, aux gens dans les gares, qui viennent de partout et de nulle part. À la fin, il reprend la métaphore de la chaleur intérieure, le soleil profond comme refuge, un endroit chaleureux pour tous les perdus : « Je dédie cette danse à tous les idiots et à leur roi – et à tous les idiots comme moi : « Je dédie cette danse à tous les cons et leur roi – et au soleil profond. Je dédie cette danse à tous les cons comme moi – et au soleil profond ».


Au ranch – L'éloge ironique de Biolay sur la fuite hors de la société. Le ranch symbolise un retrait – à Sète, en Argentine, loin de Paris et des gens. Ceux qui ont plus peur du troupeau que des animaux, qui supportent le vide et aiment le vent de la résurrection sont les bienvenus ici. Mais le ton est ambigu. La liberté sent l'immobilisme : on se dépêche de ne rien faire. On mange des pêches et on tire sur des cibles en bambou. La retraite est aussi un exil, le paradis aussi une impasse. Anubis à l'horizon rappelle qu'on n'échappe pas à la mort, seulement aux vivants. Et à la fin, l'avertissement : le destin distribue des gifles et des balles de plomb, peu importe où tu te caches. Le ranch n'est pas une solution, seulement un sursis.


Testament – Der Song ist genau das, was der Titel sagt: Biolays letzter Wille in Alexandrinern, dem klassischen französischen Versmaß. Wenn der Tau nicht mehr an der Resede perlt, soll man wissen: Er will im Sommer sterben, «mourir d'été» – nicht an Krankheit, sondern an der Fülle, am Licht. Er will kaum Spuren hinterlassen, nur eine bescheidene Aussicht, ein paar Worte an einer Hintertür. Die Melodie erinnert an die Melancholie von Charles Trenet, dem Biolay ein ganzes Album gewidmet hat – dieselbe Leichtigkeit, mit der vom Sterben gesungen wird, derselbe Sonnenschein über dem Abschied. Am Ende die Anspielung auf François Villons «Où sont les neiges d'antan»? (1461) – wenn er nicht wiederkommt, hat ihn der Schnee von gestern gerufen. Biolay reiht sich damit in eine 500 Jahre alte Tradition französischer Dichter ein, die über Vergänglichkeit schreiben.


Le face B


Juste avant de tomber – La chanson parle de la mort, mais Biolay n'en fait pas une tragédie. Il renverse les attentes : au lieu de la vie qui s'écoule, il voit la fée au-dessus de son berceau. La mort ramène au commencement, pas à la fin. Il ne se prend pas au sérieux, ni les autres d'ailleurs. Il imagine déjà les invités à ses funérailles : parfumés, ennuyés, avec des lunettes de soleil hors de prix. Il demande à être jugé pour ses péchés, et non pour ceux des autres – un renversement impertinent. Les arrangements de Valentin Couineau portent la chanson avec une légèreté qui correspond à son contenu : de grands gestes sans pathos. À la fin, Biolay voit les belles choses qu'il avait oubliées. La chute n'est pas un accident, mais un lâcher-prise.


Mon pays – La déclaration d'amour de Biolay à la France – mais une déclaration inquiète. Le refrain « Tiens-toi sage, ô mon vieux pays » ressemble à un parent qui réprimande un enfant turbulent : comporte-toi bien, tiens bon avant qu'il ne soit trop tard. La phrase « Aujourd'hui maman est presque morte » est une citation tirée de « L'Étranger » d'Albert Camus, à une différence près : chez Camus, la mère est morte, chez Biolay, elle est presque morte. La France n'est pas encore morte, mais elle en est proche. Les images sont apocalyptiques : fièvre sur l'asphalte, fruits qui rêvent de pluie, histoire millénaire et demie qui bascule. Et puis la pointe amère : nous nous y habituons, nous nous enveloppons de déni. Biolay n'accuse pas, il constate. Une chanson d'adieu à un pays qu'il aime et qu'il voit se dégrader.


Oh la guitare – Biolay met en musique un poème de Louis Aragon, le poète surréaliste qu'il admire. Il emprunte les mots d'un autre pour parler de son propre instrument – une double preuve d'amour. Le poème traite de la guitare comme réceptacle de tout ce qui ne peut être dit. Pour Biolay, c'est une affaire personnelle : la guitare est son instrument, son réconfort, son outil. Avec les mots d'Aragon, il dit que sans elle, il ne reste que du bruit.


Pauline partout, Justine nulle part – L'un des morceaux les plus rock de l'album, mais aussi un véritable chef-d'œuvre satirique. Un critique décrit la chanson comme « un régal de contrepèteries avec Jacky et Michel Sardou en invités surprises ». Le titre lui-même est un slogan politique bien connu en France, qui fait allusion à des affaires judiciaires : « Pauline » est partout, « Justine » (phonétiquement proche de « Justice ») nulle part. Biolay inverse les valeurs : mort aux arbitres, vive les escrocs. Il ne s'agit pas d'une glorification, mais d'un diagnostic amer : quand la justice fait défaut, il ne reste plus que l'anarchie. Le jeu de mots avec Michel Sardou et Michel Rocard résume bien la situation : la France devient de plus en plus Sardou (le chansonnier conservateur) et de moins en moins Rocard (le Premier ministre social-démocrate).


Résidents, visiteurs – La chanson titre de l'album conceptuel, qui, outre « Morpheus tequila », est le deuxième hommage rendu à « Histoire de Melody Nelson » de Gainsbourg. Sur le plan du contenu, c'est une chanson profondément personnelle, écrite dans l'avion qui l'emmenait en Amérique du Sud. Biolay explique : « C'est une chanson écrite dans l'avion, une tranche de vie, quand je suis fatigué et que je m'écroule dans un vol pour l'Amérique du Sud ». Dans ces moments-là, il pense à ses deux filles : Anna, née en 2003 de sa relation avec Chiara Mastroianni, et Louise, qu'il a eue avec l'actrice sud-américaine Sofia Wilhelmi et qui vit en Argentine. Le titre lui-même résume un dilemme : celui qui vit entre deux mondes est à la fois habitant et visiteur partout, sans être vraiment chez lui nulle part.


Trois grammes – La chanson clôt le premier album « Résidents » et résume Biolay en un seul morceau. C'est une déclaration d'amour, récitée par un ivrogne sous le mauvais balcon. Mais il a trois grammes d'amour en lui – « trois grammes » signifie en français complètement bourré – trois pour mille. La chanson est l'autoportrait de Biolay en tant que troubadour. La première moitié ressemble à Verlaine ou Baudelaire – deux âmes dans le champ de mines de la dépendance mutuelle. La chanson montre que la pose du poète et la vérité de l'ivrogne coïncident chez lui. Il prend le grand geste au sérieux et s'en moque en même temps. L'amour est sacré et ridicule, l'art est tout et rien.


Disque 2 : Visiteurs

Le Face C



Adieu Paris – La chanson explique pourquoi Biolay a quitté Paris. Il appelle ironiquement la ville « Paris-les-Bains », une station balnéaire sans mer. La pluie est monotone, l'automne lui brise le cœur. Le Paris qu'il décrit est fatigué : de vieux diplômés de l'ENA en mocassins. Des bancs que plus personne n'utilise, des marrons chauds sous la bruine. Le refrain est un adieu : « Adieu, Paname, tu pleures trop ». Biolay a besoin de lumière, de Sète, de la Méditerranée, de Buenos Aires. À la fin, il s'en va sans sa copine sur son scooter – « hasta luego », pas « adieu ». Il reviendra peut-être. Mais pas tant qu'il pleuvra.


Ne me laisse jamais sortir – Le titre « Ne me laisse jamais sortir » est paradoxal : un appel à l'aide qui est en même temps un souhait. Dans le contexte des allers-retours de Biolay entre différents lieux, il pourrait s'agir d'un refuge – une relation, une maison à Sète, un espace intérieur – que l'on ne veut pas quitter. Son placement juste après « Adieu Paris » suggère qu'après avoir fait ses adieux à la ville, vient maintenant le désir de sécurité. Musicalement, c'est une ballade intime, portée par la guitare et la voix.


Mauvais garçon – Cette chanson est inhabituelle pour Biolay : il chante du point de vue d'une femme prisonnière d'une relation toxique. Le mauvais garçon la rabaisse, lui dit qu'elle n'est pas belle, contrôle avec qui elle danse et parle, mais il dit qu'il l'aime. Elle se demande sans cesse : pourquoi est-ce que je reste ? La référence musicale à Antônio Carlos Jobim rend la chanson encore plus oppressante. La douce bossa nova berce, tandis que les paroles traitent de violence émotionnelle – le même contraste que Gainsbourg maîtrisait si bien. La mélodie légère est le piège dans lequel la femme est prise : tout semble inoffensif, voire beau, mais elle n'est qu'une marionnette dont il tire les ficelles. À la fin, elle retrouve l'amour-propre qui l'attendait loin de ses bras. Mais le refrain continue – « mais moi, je reste » –, comme si la libération n'était pas encore tout à fait crédible. Biolay montre à quel point il est difficile de sortir de tels schémas, même quand on en est conscient. La prise de conscience seule ne suffit pas.


Tout nu et tout mouillé – Un critique a décrit cette chanson comme un hommage à l'art délicat de Françoise Hardy, caché derrière un titre ridicule (« réminiscences de l'art délicat de Françoise Hardy derrière un titre pouêt-pouêt à la Carlos »). L'été est fini, les pâquerettes sont cueillies, la pelouse est brûlée. Biolay rêve d'une époque sans colonies ni autorités – et avoue tout de suite : ça n'a jamais existé. Mais ensuite, il y a le punchline : Dieu nous a donné des corps qui peuvent se réchauffer. Reste au lit, serre-moi fort. Ce n'est pas une blague – c'est le seul paradis qui fonctionne encore. Deux personnes qui se réchauffent l'une contre l'autre tandis que tout se dessèche à l'extérieur. Le titre enfantin cache l'une des chansons les plus tendres de l'album.


Chanson de pluie – Cette chanson est le pendant de « Adieu Paris » : là-bas, la pluie était la raison du départ, ici, elle remplace les larmes. Biolay n'a pas pleuré depuis des jours, des semaines, des mois, alors la pluie s'en charge pour lui : « La pluie s'en charge pour moi. » L'art de vivre sans sa bien-aimée, c'est d'être ivre – « l'art de vivre sans toi, c'est d'être ivre ». Le pire n'est pas l'absence, mais la peur de l'oubli. Un jour, il ne se souviendra plus de ses caresses, il perdra le son de son rire – et cette certitude le détruit déjà. La pluie ne rit pas, elle continue simplement de pleurer. À la fin, la résolution : il était ivre d'elle, « ivre de toi ». L'ivresse n'était pas due à l'alcool, mais à elle. Maintenant qu'elle est partie, il a besoin des deux – de la pluie et du vin.


Les trois amis – Un hommage émouvant à Hubert Mounier, chanteur du groupe L'Affaire Louis' Trio, décédé en 2016. Biolay rencontre Mounier à la fin des années 80. « Hubert était mon mentor. Je lui dois tout. » Mounier confie d'abord au jeune Biolay les arrangements pour L'Affaire Louis' Trio, puis l'encourage à écrire ses propres chansons. La chanson raconte l'histoire de trois amis. Puis le plus jeune meurt dans un accident de moto, un cèdre a voulu l'enlacer. Les deux autres ne sourient plus. L'un des survivants noie son spleen dans l'alcool et finit bientôt lui-même dans la tombe. À la fin, il n'en reste plus qu'un, avec le serment silencieux de revoir ses deux amis. Biolay se chante lui-même comme le dernier qui reste et qui sait qu'il les rejoindra un jour ou l'autre.


Le face D


Mes souvenirs – Souvenirs d'enfance à Villefranche-sur-Saône, où Biolay est né en 1973, avant de déménager à Lyon à l'âge de quinze ans pour étudier le trombone au Conservatoire. Il évoque la Renault 4L bleue de son père, les sonnets de Paul Valéry et l'album « Melody Nelson » – les plus beaux souvenirs, les moins mauvais, comme il le chante. La chanson est un catalogue d'odeurs, d'images et de moments : l'odeur mêlée du tabac, du plastique et du Chanel n° 5 provenant d'un magazine dans la voiture. L'explosion de la navette spatiale Challenger en 1986, un traumatisme collectif pour sa génération. La première visite dans une grande ville, le premier cinéma, le premier bureau de tabac ouvert toute la nuit. Le premier sentiment de ne pas être à sa place. La conclusion nous ramène au présent : à la femme qui cherchait des cigarettes au rond-point de l'Étoile avant de donner naissance à une nouvelle star – il s'agit probablement de Chiara Mastroianni. Et la première fois que quelqu'un lui a dit « papa ».


Les passantes – La version de Biolay d'un grand classique. Les paroles ne sont pas de Georges Brassens, mais du poète Antoine Pol. Brassens trouve le poème en 1942 chez un bouquiniste parisien et le met en musique trente ans plus tard. Biolay, qui vit depuis des années à Sète, la ville natale de Brassens, revisite la chanson dans une version douce et berçante. Le poème parle des femmes que l'on n'a pas embrassées. La compagne de voyage dont on n'a pas touché la main. La silhouette à la fenêtre qui a immédiatement disparu. Les femmes pardonnées qui, dans les moments sombres, affichaient une mélancolie que l'on ne pouvait guérir. Antoine Pol l'a écrit quand il était jeune, Brassens l'a chanté quand il était vieux – et tous deux savaient : celui qui a raté sa vie repense à ces occasions manquées. Biolay chante cette chanson avec l'expérience d'un homme qui a beaucoup aimé et qui sait néanmoins ce qu'est le regret. Sa version n'est pas une copie, mais un hommage – à Pol, à Brassens, à Sète et à toutes les femmes que l'on n'a pas connues.


Ooooooo – Un moment instrumental presque sans paroles dans l'album. Musicalement, cette chanson fait partie des moments les plus doux, avec des accents latinos, quelque part entre la bossa nova et la mélancolie, avec le typique « balancement carioca » – le rythme berçant de Rio. Mais elle n'est pas totalement dépourvue de paroles. Des images surgissent : la marée qui monte et descend, une mariée avec des hortensias, le mistral. Les « oh » ne sont pas des remplissages, mais ce qui reste quand les mots ne suffisent plus. Biolay tente de traduire la mer et les adieux en langage – et finit par abandonner. Il ne reste alors plus qu'un bourdonnement.


La sieste – Une chanson sur un « Dieu » qui s'est endormi et ne se réveille plus. « T-I-E-U » fait la sieste et, malgré tous les appels SOS et les lacs asséchés, il ne bouge pas. Biolay transforme la catastrophe climatique en berceuse. L'outro est un hommage à la bossa nova : elle décrit un dieu protecteur de la musique brésilienne, diplomate, écrivain, connaisseur de whisky, mari de nombreuses belles femmes. Probablement Vinicius de Moraes, qui a inventé la bossa nova avec Antônio Carlos Jobim. Sa définition : « La bossa nova est une samba qui a écouté un peu de jazz, qui a un peu voyagé. » Biolay associe la fin du monde au rythme qui le réconforte.


Kika – En surface, il s'agit de la mort d'un chien, mais la chanson va plus loin. Un petit chien s'en va, et tout part avec lui : les premiers jours à la mer, la voix de sa fille, les déménagements, le passage à l'âge adulte. Biolay chante pour sa fille, pas pour le chien. Elle est plus que sa vie, son ciel et sa terre, le jour et la nuit. Il connaît bien la nuit – comme les rues, comme les quais où le petit chien l'a vue grandir. Il pleure à chaudes larmes, même s'il est loin. C'est la malédiction du pendulaire entre les continents : les moments importants se passent sans lui. Le chien représente toute une enfance. Sa mort marque la fin d'un chapitre qui ne reviendra pas. Mais ce qui reste, c'est la petite voix qui crie « Kika » en riant – il n'oubliera jamais cela. La chanson est une déclaration d'amour à sa fille et au temps qui passe trop vite.


Où as-tu mis l'été ? feat. Jeanne Cherhal – Le point d'orgue de l'album et l'un des deux duos (avec « 15 octobre » avec Nathy Cabrera). Biolay entretient une amitié et un partenariat musical de longue date avec Jeanne Cherhal. Leur première collaboration fut « Brandt Rhapsodie » sur l'album « La Superbe » (2009), une chronique douce-amère d'un couple moderne, racontée à travers des post-its et des SMS. Cherhal qualifie Biolay d'« ami de longue date ». De son côté, il l'a encouragée à enregistrer un nouvel album après six ans de pause (« Jeanne », 2025), qu'il a également produit. La question centrale de la chanson : où as-tu mis l'été que je t'avais prêté ? Les images sont à la fois concrètes et fugaces : une chambre d'hôtel baignée d'une lumière bleue, un ventilateur, un maillot de bain sur une échelle, un coyote dans les poubelles. La peau bronzée, l'eau salée, les secrets emportés par le vent. L'amour devient ici une saison, un souvenir, une métaphore du temps passé. La voix de Cherhal rompt le monologue, un contrepoids féminin nécessaire à cette quête – après 24 chansons où c'est surtout lui qui parle, quelqu'un répond enfin.


Puis vient une conclusion magique : pendant un passage instrumental, Biolay lit les crédits qui ne figurent normalement que dans le livret. Il remercie « du fond du cœur » tous ceux sans qui l'album ne serait qu'« à moitié musical » :


Jeanne Cherhal, Pierre Jaconelli, Johan Dalgaard, Philippe Entressangle, Nathy Cabrera, Marcelo Costa, Totem Mapu, David Donatien, Thierry Planelle, Alan, Marc Portheau, Tweety Gonzalez, Cosmo, Thomas Bonnin, Alex Gopher, Valentin Couineau, Pierrick Devin, Guto Wirtti, Fernando Samalea, Michel Bilmann, Philippe Almosnino, das Streichorchester et Gimena Álvarez Cela.


Les lieux d'enregistrement : Bruxelles, Sète, Buenos Aires, Paris-Plaisance et Rio de Janeiro. Graphisme de MM Paris, Éditions du Brise Lames, administré par Romain Chapelle, un album Virgin.


Le double album ne se termine pas par une dernière pointe, mais par de la gratitude – Biolay fait le générique sur la musique. C'est génial !


La chaleur sonore du vinyle

Sur vinyle, « Le Disque Bleu » dégage une chaleur et une profondeur qui manquent à la version numérique. Les influences bossa nova de Buenos Aires et Rio se fondent naturellement avec la chanson française. On entend les espaces dans lesquels l'album a été enregistré : l'intimité des studios, l'immensité des espaces sud-américains. Le pressage vinyle est excellent, la gamme dynamique impressionnante. C'est surtout dans les passages calmes, lorsque Biolay murmure presque, que la qualité prend toute sa valeur.


Un album magique pour notre époque

« Le Disque Bleu » est également un album politique, sans être provocateur. Biolay exprime sa déception vis-à-vis de la France : « Tout part en lambeaux et ça m'attriste. Je reste malgré tout optimiste, mais il faudra de la patience pour retrouver la bonne humeur ». Sa comparaison : au Brésil, ils ont dû tenir bon pendant six ans sous Bolsonaro avant de pouvoir à nouveau espérer.


Il y a vingt-cinq ans, Biolay écrit « Jardin d'hiver » pour Henri Salvador – une chanson qui marque le retour de Salvador sur le devant de la scène. Sur « Le Disque Bleu », Biolay prouve à son tour qu'il sait comme nul autre allier chanson, bossa nova et samba.


La tournée : deux concepts, deux expériences

Biolay revient sur scène avec une tournée en deux parties qui reflète l'album. La première partie, « Visiteurs », est acoustique, avec six musiciens sur scène, dans des théâtres et des petites salles, dont trois soirées au Théâtre Marigny à Paris fin 2025 et un grand spectacle au Grand Rex le 9 mars 2026.




La deuxième phase, « Résidents », est électrique et dansante, au Zénith Paris dans le Parc de la Villette et dans de grandes salles à partir de l'automne 2026.



Ce qui m'enthousiasme particulièrement : Biolay n'a pas peur des grands sentiments, mais les cache derrière des textes intelligents et des arrangements complexes. Il parvient à être à la fois intellectuel et émotionnel, français et international, mélancolique et optimiste.

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