Journées européennes du patrimoine 2025 : Paris ouvre ses portes fermées
- Ruth Lintemeier

- 21 déc. 2025
- 6 min de lecture
C'est un week-end pluvieux de septembre, mais la bruine ne peut ternir notre enthousiasme : aujourd'hui, nous allons redécouvrir Paris, non pas le Paris des touristes, mais ce Paris caché qui ne se révèle qu'une fois par an, et surtout aux Parisiens eux-mêmes.
Les 20 et 21 septembre 2025, les Journées européennes du patrimoine transformeront la ville en un livre d'histoire vivant et accessible, dont les chapitres s'ouvriront pendant deux jours : nous aurons l'occasion de découvrir la vie intérieure de lieux chargés d'histoire.(https://journeesdupatrimoine.culture.gouv.fr).
Nous sommes heureux d'avoir obtenu des billets d'entrée pour des lieux exceptionnels, car sans eux, l'accès est strictement interdit. D'autres lieux peuvent toutefois être visités sans inscription préalable, comme la Sorbonne par exemple.
Grand Palais – Cathédrale de verre et d'acier
Notre voyage dans le temps commence au Grand Palais, cette salle monumentale en verre datant de 1900. Après des années de rénovation, elle brille à nouveau de mille feux. Sous l'imposante coupole de verre qui surplombe « La nef », nous entrons dans un monde grandiose. Ce qui nous frappe immédiatement, c'est le magnifique vert mat qui orne tous les éléments en acier. Est-ce nouveau ? Non, c'est le vert caractéristique avec lequel le Grand Palais avait été inauguré à l'époque. Il brille à nouveau de mille feux et met encore plus en valeur l'architecture épurée du bâtiment.

Nous sommes assis sur un banc et laissons l'espace agir sur nous : la structure en fer filigranée témoigne de l'essor industriel, tandis que les ornements Beaux-Arts évoquent une époque où la beauté était la mesure de toutes choses. Ici, où Karl Lagerfeld mettait autrefois en scène ses spectaculaires défilés Chanel, la Belle Époque et la modernité se fondent en un tout harmonieux. Nous comprenons pourquoi Karl Lagerfeld a un jour mis en scène ici une plage et une mer. Il y a ici de l'espace et de la grandeur.
Hôtel de Charost – La Grande-Bretagne à Paris
La pluie nous accompagne dans le huitième arrondissement, où l'Hôtel de Charost fête son 300e anniversaire. Habituellement aussi fermée qu'un club pour gentlemen de Bond Street, la résidence de l'ambassadeur britannique ouvre aujourd'hui ses portes au 37-39 rue du Faubourg Saint-Honoré. Depuis 1814, l'Union Jack flotte ici sur le parquet français – une ironie de l'histoire qui n'aurait certainement pas amusé Napoléon.
À l'entrée, le roi Charles III nous accueille depuis un portrait encadré d'or posé sur une table à thé recouverte d'une nappe à fleurs et d'un vase. Nous nous sentons comme des invités à l'« Afternoon Tea ».
Dans une salle, nous apercevons une table richement dressée avec de l'argenterie, de la porcelaine fine et des décorations de fruits frais. Sur les murs, nous trouvons différentes œuvres d'art : des peintures historiques côtoient des installations vidéo contemporaines. L'exposition d'art contemporain dans les « Glazed Galleries » change à chaque fois qu'un nouvel ambassadeur prend ses fonctions.
Un autre trésor se cache derrière le bâtiment : un magnifique jardin anglais avec des parterres de fleurs soignés, des sentiers sinueux, des meubles en bois de style, un court de tennis et, comme souvent, de magnifiques arbres centenaires que l'on ne s'attendrait pas à trouver dans cette ville. Malgré le temps, de nombreux visiteurs se promènent dans le jardin. Nous avons l'impression d'être à la garden-party royale du roi Charles III.

Hôtel de Matignon – Au cœur de la politique française
La couverture nuageuse se déchire et notre visite découverte se poursuit au numéro 57 de la rue de Varenne, dans le septième arrondissement. Depuis 1936, l'Hôtel de Matignon est le siège et le lieu de travail des Premiers ministres français.
Le 9 septembre 1944, Charles de Gaulle y préside la première réunion du Conseil des ministres parisien du gouvernement provisoire de la République française. L'histoire de ce manoir se lit comme un Who's Who de l'aristocratie européenne : Montmorency, Grimaldi et Talleyrand ont tous laissé leur empreinte ici.
Nous faisons la queue avec impatience. Ici aussi, la procédure d'entrée comporte plusieurs étapes : on vérifie d'abord la validité du billet d'entrée, puis on le vérifie à nouveau avec la carte d'identité, et enfin on fouille les sacs. La sécurité prime dans ces lieux, et tous les visiteurs attendent patiemment. On commence à discuter : d'où venez-vous ? Est-ce la première fois que vous participez aux « Journées européennes du patrimoine » ? Qu'avez-vous encore au programme ?

Ce qui nous étonne en parcourant les salles, c'est le mélange entre faste et fonctionnalité pragmatique. Ainsi, plus de 30 chaises en acrylique à l'aspect inconfortable entourent une imposante table de réunion dans la Salle du Conseil.
Dans chaque pièce se trouve une photo imposante d'Emmanuel Macron. Il nous guide avec une certaine sévérité à travers les locaux, tout comme les nombreux représentants dignes de la garde républicaine qui veillent à la sécurité et à l'ordre à chaque endroit.

Und noch etwas erstaunt: Die Bescheidenheit und Funktionalität der Arbeitsplätze. Man nutzt das, was da ist. Das historische Mobiliar erhält keine Sonderbehandlung, sondern wird selbstverständlich integriert. Man spürt: Wir sind nicht im Museum, hier wird gearbeitet.

Un joyau se cache ici aussi derrière le bâtiment : environ trois hectares de parc privé au cœur de Paris. On y trouve une grande variété d'arbres qui remontent à une belle tradition : chaque Premier ministre est invité à planter un arbre de son choix. Cette tradition se poursuit encore aujourd'hui. Seul Jacques Chirac y a renoncé lors de son deuxième mandat.

Banque de France – Versailles à Paris
Notre prochain arrêt nous conduit à la Banque de France, dont le siège se trouve à l'Hôtel de Toulouse, dans le premier arrondissement, au 39 rue Croix des Petits Champs. Ce hôtel particulier, conçu par François Mansart, appartenait autrefois au comte de Toulouse, Louis-Alexandre de Bourbon.
La Banque de France est fondée le 18 janvier 1800 par un groupe de banquiers à l'initiative de Napoléon Bonaparte. L'objectif était de surmonter la crise économique qui a suivi la Révolution française et de créer une monnaie stable. Quelques années plus tard, elle obtient le monopole de l'émission des billets de banque et devient ainsi le cœur du monde financier français.
Une exposition interactive sur l'évolution de la monnaie et de l'économie de marché nous guide à travers le hall d'entrée et tout le bâtiment. Les nombreux stands d'information tenus par les employés de la banque permettent de poser des questions, notamment sur la stabilité de la monnaie européenne.
Du bâtiment moderne, nous passons enfin à la partie historique datant des XVIIe et XVIIIe siècles. Nous entrons dans un monde monarchique : la « Galerie Dorée », longue de 40 mètres. Une salle somptueuse dont la splendeur remonte à l'époque du comte de Toulouse, un légitimé – illégitime. La « Galerie Dorée » a été redécorée au début du XVIIIe siècle dans le style Régence et restaurée en 2015.

Au fond, 27 mètres sous terre, 2 436 tonnes d'or sont conservées dans la légendaire chambre forte « Souterraine » : les réserves d'or de la France.
La fin d'un formidable voyage découverte
Notre visite découverte s'achève en fin d'après-midi. Les Journées européennes du patrimoine nous ont montré ce qui rend Paris si unique : la ville garde précieusement ses secrets pour les partager ensuite, l'espace d'un instant, avec tout le monde.
Chaque lieu que nous avons pu visiter aujourd'hui racontait sa propre histoire : de l'essor industriel du Grand Palais aux secrets diplomatiques de l'Hôtel de Charost, en passant par le centre du pouvoir à l'Hôtel de Matignon et la richesse de la Banque de France. C'était comme un voyage dans le temps à travers les différentes couches de la ville, où tradition et modernité ne s'opposent pas, mais s'assemblent pour former un tout harmonieux.
De retour à la maison, nous trinquons au champagne à ce week-end exceptionnel. Cette année, nous avons manqué le palais de l'Élysée et le Sénat français. Ils figurent désormais en tête de notre liste pour 2026. Car une chose est sûre : nous renouvellerons cette merveilleuse découverte. À nous Paris !

























Commentaires