Paris en noir et blanc : mon parcours photographique avec le Leica M11 Monochrom
- Klaus Lintemeier

- 21 déc. 2025
- 10 min de lecture
La ville lumière se montre sous son meilleur jour. J'ai le privilège de la découvrir à travers le viseur d'un appareil photo spécial : le Leica M11 Monochrom. Fin juin 2025, pendant cinq jours, je déambule dans les rues de la capitale française sous la houlette experte d'Alexander von Wiedenbeck, toujours à la recherche du moment parfait, capturé en noir et blanc pur.
La magie du monochrome
Avant de vous parler des endroits que nous avons visités, j'aimerais vous présenter les particularités de cet appareil photo. Le Leica M11 Monochrom n'est pas un appareil photo numérique ordinaire dont on aurait simplement retiré la couleur. Il est équipé d'un capteur spécial, développé exclusivement pour la photographie en noir et blanc, sans le filtre Bayer habituel qui sépare les différents canaux de couleur dans les capteurs couleur. Le résultat ? Une netteté incomparable, une plage dynamique étendue et une profondeur de détail qui ne cessent d'étonner même les photographes expérimentés. Avec ses 60 mégapixels, il capture les nuances les plus fines.
Associé à l'APO-Summicron-M 2/35 ASPH, le Monochrom devient un rêve. Cet objectif est une prouesse technique : la correction apochromatique garantit que toutes les longueurs d'onde lumineuses sont focalisées exactement sur le même plan. C'est précisément avec le Monochrom, qui ne dispose d'aucune information chromatique susceptible de masquer les flous, que la qualité exceptionnelle de cet objectif se révèle. La netteté est déjà impressionnante à l'ouverture maximale de f/2, et la distance focale de 35 mm s'avère idéale pour la photographie de rue.
Drame à la place de la Bastille
Nous partons de la place de la Bastille, où la colonne de Juillet, surmontée du Génie de la Liberté doré, s'élève vers le ciel. Haute de 52 mètres, cette colonne commémore la révolution de juillet 1830. Le génie ailé qui la surmonte, créé par Auguste Dumont, brandit le flambeau de la liberté et les chaînes brisées de la tyrannie. Sur cette photo monochrome, il perd sa couleur dorée, mais gagne en présence dramatique face au ciel.

De la place de la Bastille, il n'y a qu'un court trajet jusqu'au port de l'Arsenal. La marina offre un contraste surprenant avec la place animée. Les habitants pêchent patiemment sur le quai, tandis qu'à côté, les vieux murs du port sont nettoyés. Les ouvriers utilisent des jets à haute pression, mais ce n'est pas de l'eau : cela ressemble à une poudre nettoyante spéciale. Un ouvrier vêtu d'une combinaison de protection blanche et d'un masque respiratoire disparaît presque dans le nuage de poussière. La scène ressemble à un film de science-fiction, un motif inattendu au milieu du quartier portuaire de Paris.

Des ruelles cachées aux monuments emblématiques
Dans la rue Crémieux, dans le 12e arrondissement, nous assistons à une séance photo de bijoux. Les maisons aux couleurs pastel de cette ruelle vivent de leur gaieté – pour moi, avec le monochrome, c'est justement cela qui rend l'expérience passionnante. Les différentes nuances pastel se transforment en un spectre de nuances de gris. Soudain, des détails apparaissent : le crépi rugueux, les fissures dans la maçonnerie, les ombres des volets, le chat et l'oiseau sur le mur de la maison. C'est là que se présente le premier grand défi : la mise au point manuelle de l'appareil photo à viseur. Alexander recommande d'anticiper, de faire la mise au point sur un point précis et d'attendre que le sujet se trouve exactement à cet endroit. La théorie semble simple, mais la pratique exige de la patience et un bon timing.

À la basilique du Sacré-Cœur, ce n'est pas seulement l'église expiatoire qui nous attend, mais aussi la vie trépidante qui anime les marches devant celle-ci. Un moment fort inoubliable : le tournage du clip vidéo de la chanson « Chez Michel Forever » de Michel Forever est en cours sur les marches – un moment fortuit qui capture parfaitement l'atmosphère animée de ce lieu.
Michel Forever, de son vrai nom Michel Sérié, est une figure haute en couleur de la vie nocturne parisienne et propriétaire du cabaret « Chez Michel Forever » à Montmartre, au 69ter rue Damrémont. Son énergie inépuisable en fait un sujet fascinant pour les photographes. Le tournage de son clip vidéo directement sur les marches du Sacré-Cœur montre une fois de plus à quel point il fait partie de l'ADN culturel de Montmartre.

À quelques pas du Sacré-Cœur se trouve une autre particularité de Montmartre : le vignoble Clos Montmartre. Pour avoir une perspective particulière sur le vignoble, je me rends au Musée de Montmartre. Depuis le jardin du musée, on a une vue unique sur les vignes depuis les hauteurs, une perspective que l'on ne trouve qu'ici. Les rangées géométriques de vignes, encadrées par les maisons typiques de Paris, forment un motif graphique en noir et blanc.

Le cimetière caché de Montmartre
Notre visite au cimetière de Saint-Vincent est un moment particulièrement calme. Niché dans la rue Lucien-Gaulard, ce petit cimetière existe depuis 1831 et n'accueille plus aujourd'hui que des sépultures familiales. Avec ses 900 tombes, c'est le plus petit des trois cimetières de Montmartre.
Depuis 2020, Michou y est enterré. Cette figure haute en couleur de la vie nocturne parisienne, avec sa veste bleue, ses lunettes surdimensionnées et ses cheveux blond platine, a dirigé pendant des décennies son cabaret transformiste au 80, rue des Martyrs. Les fleurs fraîches sur sa tombe montrent qu'il n'est pas oublié. En juillet 2024, « Chez Michou » devra malheureusement fermer ses portes après 68 ans d'activité.
Les vieilles pierres tombales et les arbres noueux, les chemins escarpés qui montent à flanc de colline et la vue sur la coupole du Sacré-Cœur créent une atmosphère très particulière. Sur cette photo monochrome, le cimetière semble intemporel, comme s'il avait toujours été ainsi.
De l'autre côté de la rue des Saules se trouve le légendaire Lapin Agile, le cabaret où Pablo Picasso, Vincent van Gogh, Henri de Toulouse-Lautrec, Amedeo Modigliani, Guillaume Apollinaire et Max Jacob faisaient la fête toute la nuit, lorsque Montmartre était le centre de la bohème parisienne pendant la Belle Époque et les années folles. Paul Verlaine y lit ses poèmes. Maurice Utrillo échange des tableaux contre de l'absinthe. C'est ici que naît le mouvement artistique « École de Paris ».

Les premiers moments réussis en noir et blanc
Le chemin vers la tour Eiffel nous fait traverser Paris. Nous partons du Pont Neuf, où Jacques de Molay, le dernier grand maître des Templiers, fut brûlé vif un vendredi 13 mars 1314. Depuis, le vendredi 13 est considéré comme un jour malchanceux. Depuis le plus ancien pont encore debout de la ville, nous continuons vers Saint-Germain-des-Prés, puis vers le musée Rodin. Avant cela, je fais une pause chez Pierre Hermé, au 72 rue Bonaparte, et déguste la meilleure glace à la noisette du monde : la glace Infiniment Praliné Noisette.
Au Musée Rodin, on comprend pourquoi les sculptures et la photographie en noir et blanc s'accordent si bien. « Le Baiser » de Rodin se trouve à l'intérieur de l'ancien « Hôtel Biron ». La lumière modèle la surface du marbre, souligne chaque courbe et chaque creux. Le monochrome rend la matérialité tangible : on voit littéralement à quel point la pierre est lisse, on sent la fraîcheur du marbre. Dans le jardin, près des bronzes, l'appareil photo montre toute sa puissance : la surface rugueuse du bronze coulé, la patine, les irrégularités intentionnelles – tout devient visible dans les nuances de gris. Sans la distraction de la couleur, le regard se concentre sur la forme et la texture. Les sculptures semblent encore plus plastiques en noir et blanc. C'est comme si l'on voyait l'œuvre de Rodin à travers ses yeux – réduite à la lumière, à l'ombre, à la forme.

Je fais une longue pause au Café du Musée, au numéro 17 du boulevard des Invalides. Je règle la distance sur mon appareil photo et j'attends. Des adolescents se retrouvent devant le café, des Parisiennes passent avec leurs sacs de courses, quelqu'un se dépêche pour aller à son prochain rendez-vous. Le Leica à mise au point manuelle m'oblige à attendre le bon moment. Les résultats me surprennent : ils sont d'une netteté et d'une authenticité incroyables.
À cet instant, je me sens proche des grands photographes de rue : Henri Cartier-Bresson, Elliott Erwitt, Robert Doisneau. Leur patience, leur œil pour le moment décisif. Je comprends alors que la photographie de rue, c'est attendre. Rester assis pendant des heures à un coin de rue, observer et composer l'image à l'avance. Au Musée Maillol, rue de Grenelle n° 59-61, se tient actuellement l'exposition « Robert Doisneau : Instant Donnes », un signe !

Arrivés à la tour Eiffel, Alexander nous rappelle notre mission : ne pas photographier les motifs habituels des cartes postales, mais trouver de nouvelles perspectives et photographier les personnes qui visitent et admirent le « Tour de 300 mètres ».

Le M11 Monochrom est un hibou
Avec son architecture baroque et ses jeux de lumière mystiques, l'église Saint-Sulpice représente un tout autre défi. Les fresques de Delacroix dans la chapelle, en particulier, exigent le maximum de l'appareil photo. La lumière est faible, les couleurs des fresques disparaissent dans la pénombre.
C'est là que le M11 Monochrom montre toute sa puissance : alors que les appareils photo couleur produisent rapidement du bruit et perdent en netteté à des valeurs ISO élevées, le Monochrom reste d'une netteté exceptionnelle, même à 2000 ISO ou plus. Cela s'explique par l'absence de filtre Bayer. Chaque pixel du capteur capte la totalité de la lumière, et pas seulement un canal de couleur. Résultat : plus de lumière par pixel, moins de bruit, meilleurs détails. À Saint-Sulpice, je peux photographier sans problème à 2000 ISO tout en capturant chaque nuance des fresques de Delacroix. Dans l'obscurité, l'appareil photo voit presque mieux que l'œil humain.
Notre-Dame de Paris – De loin
Arrivés à Notre-Dame, nous nous retrouvons devant des portes closes. Une ordination sacerdotale est en cours. La cathédrale, qui vient tout juste de rouvrir après l'incendie de 2019, n'est pas accessible aux visiteurs, la place est évacuée. Les tours seront à nouveau ouvertes au public à l'occasion des Journées européennes du patrimoine, les 20 et 21 septembre. Nous nous rabattons sur la tribune, qui offre une vue impressionnante sur la façade rénovée.
Le M11 Monochrom montre ici toute sa puissance dans les détails architecturaux : les pierres fraîchement nettoyées brillent de mille feux, chaque sculpture ressort avec relief. Sans la distraction causée par les différentes couleurs des pierres, le regard se concentre sur la structure. Les sculptures en pierre filigranes, la rosace, les arcs-boutants : tout devient une étude de la lumière et de la forme en nuances de gris.

Arc-en-ciel sans couleur
Un heureux hasard m'offre un moment particulièrement fort : comme le métro ne fonctionne pas, je prends un nouvel itinéraire et descends à la place de la Nation. Une fois arrivé en haut, je n'en crois pas mes yeux : toute la place est remplie de gens et de musique. Je me retrouve au milieu de la cérémonie de clôture de la Marche des Fiertés, qui s'achève le 28 juin ici, place de la Nation. Le slogan de cette année, « Love is your emergency call », est visible et palpable partout.

Quelle chance pour notre tournée Leica : cette foule colorée et exubérante offre d'innombrables sujets à photographier. Dès que les gens voient le Leica, ils veulent tous être pris en photo – l'appareil photo agit comme un aimant. Je prends volontiers les photos, jusqu'à ce que la question inévitable se pose : puis-je envoyer les photos directement sur leur téléphone portable, pour Instagram et autres réseaux sociaux ? J'explique que le M11 Monochrom est certes un appareil photo numérique ultramoderne, mais qu'il renonce délibérément au WiFi et au Bluetooth. Les réactions sont savoureuses, un mélange d'étonnement et de déception. Un appareil photo sans connexion Internet en 2025 ? Beaucoup ont du mal à le croire !

Leica Store à Paris : une journée dans la chambre noire numérique
Nous passons une journée entière de notre visite au Leica Store, situé au 26 rue Boissy d'Anglas dans le 9e arrondissement (Village Royal). Nous y apprenons l'art du développement numérique, l'équivalent moderne de la chambre noire classique.
La photographie noir et blanc à partir de fichiers RAW offre des possibilités incroyables. Contrairement aux photos couleur, où il faut veiller à l'équilibre entre les canaux de couleur, le monochrome se concentre uniquement sur la luminance. Chaque valeur tonale peut être contrôlée avec précision : les lumières peuvent être atténuées, les ombres éclaircies, sans créer de bruit de couleur. Ce qui est particulièrement fascinant, c'est que l'on peut cibler des zones de gris individuelles, par exemple renforcer un gris moyen sans influencer les tons plus clairs ou plus foncés.
Paris rayonne aussi en noir et blanc
Après cinq jours intensifs passés avec le Leica M11 Monochrom, je peux affirmer que cet appareil photo invite à voir les choses différemment. On prête attention à la lumière et aux ombres, aux textures et aux formes, aux contrastes et aux transitions. Alexander von Wiedenbeck nous a non seulement guidés vers les lieux les plus intéressants sur le plan photographique, mais m'a également appris à regarder la ville avec les yeux d'un photographe noir et blanc.
Au total, j'ai pris 1 500 photos. Après les avoir soigneusement examinées et retouchées, j'en ai sélectionné 58 qui méritaient cinq étoiles, et 24 d'entre elles sont vraiment exceptionnelles. Je vous en présente douze dans cet article de blog.
Encore un mot
Paris sans couleur ? Pour certains, cela peut sembler être une perte. Mais vue en monochrome, la ville révèle son élégance intemporelle, sa poésie architecturale et la vie trépidante de ses rues.
Merci Paris. Merci Alexander. Merci au Leica M11 Monochrom !
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